RESTAURER : UN ENJEU ACTUEL
Bien que l’impact de l’homme sur les systèmes aquatiques ait été prépondérant tout au long de son histoire, il s’est fortement accentué depuis la révolution industrielle. Mais ce sont les aménagements
du 20ème siècle qui ont les conséquences les plus dommageables. En effet,
l'aménagement des rivières se montre peu respectueux des écoulements, de la mécanique des matériaux quels que soient les objectifs poursuivis par ces aménagements : moulins, navigation, extraction de granulats, lutte contre
les inondations, …
Cette vision du chenal canalisé, régularisé et épuré, comporte de nombreuses contradictions entre la satisfaction d'usages et le fonctionnement des milieux naturels . De plus, les aménagements n’ont pas toujours les effets escomptés et ils n’agissent qu’à une échelle locale
et non globale. Pire encore, ils peuvent engendrer l’apparition d’effets indésirables à long terme : homogénéisation du milieu, disparition des abris, aggravation des crues et des étiages, augmentation des écarts thermiques…
L’expérience montre que l’aménagement des rivières n’a que très rarement pris en considération les équilibres écologiques, ce qui est aujourd’hui
préjudiciable à la faune mais aussi à l’homme. L’intérêt de restaurer ces sites est important afin de préserver les fonctionnalités du cours d’eau (lutte contre les crues et les assecs, autoépuration) et de maintenir les aménités* telles la biodiversité, la valeur paysagère ou les loisirs (pêche, randonnée, …). D’autre part la restauration trouve sa place au sein de la Directive Cadre Européenne sur l’Eau qui fixe l’objectif du "retour au bon état écologique des cours d’eau" d’ici 2015. Si les efforts d’assainissement
ont permis une amélioration considérable de la qualité de l’eau, la qualité du milieu physique a peu été prise en compte . Or des études ont démontré que, sans récupération de la structure et de la dynamique physique, il n’y a pas de récupération biologique . Par conséquent, le retour à un bon état écologique passe par la restauration physique des rivières altérées.
Quelques chiffres :
• A l’échelle mondiale, 60 % des rivières ont probablement été régulées à la date de l’an 2000 (5).
• Environ 98% des rivières danoises ont été modifiées et 96 % des cours d’eau de Grande-Bretagne (5).
• L’altération du milieu physique par chenalisation peut s’accompagner d’une réduction de l’ordre de 80% des biomasses piscicoles .
• 5600 Kms de rivières du bassin Rhin-Meuse sont impactés par des travaux hydrauliques, soit presque la moitié du linéaire total .
• Plus de 60% des masses d’eau recensent au moins une perturbation morphologique . les ressources naturelles, le patrimoine, les traditions historiques, culturelles et sociales.De nombreux termes sont utilisés pour décrire une intervention en vue d’améliorer l’environnement fluvial mais il n’existe pas de définition largement acceptée.
CAIRNS,1991 (7):
"La restauration est le retour structurel et fonctionnel complet à un état avant perturbation."
Ce niveau de restauration est un idéal qui est rarement mis en pratique. De plus, il est difficile de convenir sur ce qui est signifié par un retour à l’état de "pré-perturbation" puisque l’action humaine d'une manière ou d’une autre
s'est produite dans toute la majeure partie du monde Conseil National de la Recherche, États-unis, 1992
Avec quelques précisions,s'est produite dans toute la majeure partie du monde depuis la fin du Pléistocène. Conseil National de la Recherche, États-unis, 1992
En pratique,"La restauration est le rétablissement des fonctions aquatiques à un état pré altération par la reconstruction de l’état physique, hydrologique et morphologique, par épuration des composés chimiques et par manipulation
biologique comprenant la revégétalisation et la réintroduction d'espèces indigènes absentes ou actuellement non viables."
Cette définition précise l’intérêt écologique de la démarche mais il subsiste toujours le problème de la notion de "retour à l’état avant perturbation" qui mérite d’être explicitée (quelle perturbation ? quelle échelle de temps ?).
De plus cette notion ne différencie pas la restauration active entreprise par l’Homme pour obtenir des résultats plus rapidement et restauration passive liée aux capacités naturelles de l’écosystème à retourner à des conditions
initiales.
Agence de Protection de l'Environnement, Etats- Unis, 1990 (9):
"La restauration est un ensemble de mesures entreprises pour renvoyer les ressources existantes d'habitat de poissons et de faune à un état historique moderne."
Cette définition se rapporte "à l’histoire moderne" considérant qu'il serait difficile de reconstituer des systèmes avec les conditions existantes il y a plusieurs siècles.
Cette explication se trouve en accord avec ce qui est constaté sur le terrain où, le plus souvent, il s’agit des mesures mises en œuvre pour atténuer ou compenser directement les dommages causés par le développement actuel. On peut inclure dans cette définition l’ensemble
des "mesures compensatoires" demandées à un aménageur dans le cadre des documents d’incidences
COMMENT RESTAURER ?Quel que soit le constat initial, il convient de se poser les bonnes questions avant d’agir, l’objectif étant de savoir si la restauration est vraiment utile et s’il n’y a pas d’autres solutions envisageables.
En effet tous les écosystèmes ont une capacité innée à récupérer et reconstituer leur structure physique. Mais les processus de rétablissement peuvent prendre des décennies et les objectifs de gestion peuvent chercher un rétablissement plus rapide par restauration active. De plus, dans les systèmes moins dynamiques, ces processus sont insuffisants pour recréer les dispositifs naturels ou le feront seulement à l’échelle des temps géologiques. Dans ce cas, la restauration active peut être considérée comme la seule option. Une démarche rigoureuse doit être appliquée afin d’identifier clairement le problème rencontré, ses causes, et donc les solutions les mieux adaptées
Quelle que soit l’intervention retenue, le recours à des travaux de diversification du lit mineur est souvent nécessaire pour augmenter la qualité physique du milieu c'est-à-dire:
• son hétérogénéité: alternance de courants lents et rapides, turbulences, variations des profondeurs.
• son attractivité: sous berges, frayères, herbiers, blocs avec caches, ripisylve en contact.
• sa connectivité: longitudinale (passes à poissons, suppressions de barrages,...) et latérale (annexes hydrauliques).
• sa stabilité: équilibre des figures de dépôts et de sédimentation.
Pour cela, il existe divers types d’aménagements faisant l’objet de guides techniques.
On peut citer par exemple les épis, les déflecteurs, les abris sous berges, les seuils, la pose de blocs, …
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